Prison-d-arret-de-N-djamena---Photo-20minutes.fr.jpg La nouvelle a été lâchée le 04 décembre dernier par le ministre de la justice Tchadienne : Toutes les prisons du pays vont être relookées ! Vraiment toutes ?


A en croire les propos du ministre de la justice, Abdoulaye Sabre Fadoul, au terme d’une récente visite éclair, qu’il a faite dimanche  04 décembre dernier  à la maison d'arrêt de N’djamena, tous les pensionnaires de cette prison seront, dans les jours qui suivent,  provisoirement transférés  à Moussoro, à environ 300 kms au nord de la capitale. Motif : la prison de N’djamena  va, de toute urgence,  être viabilisée pour répondre un peu mieux à des normes un peu plus orthodoxes.


 Mieux : selon le patron du département de la justice, toutes les prisons du Tchad vont faire l’objet de toute l’attention du gouvernement qui a décidé d’améliorer le cadre et les conditions carcérales du Tchad. Si c’est vrai, Bravo !


En tout cas, ce ne serait pas trop tôt : Car, construite  bien avant l’indépendance pour n’abriter que 300 à 400 pensionnaires, - et à une époque où Fort Lamy était peuplée de  moins de 5.000 âmes -  la prison de N’Djamena est, à ce jour, carrément surpeuplée avec un effectif  carcéral de 1.500 à 1.600 prisonniers, soit plus du triple de sa capacité initiale. Pire, au-delà du manque d’espace, la nutrition et l’encadrement sanitaire des détenus laissent franchement à désirer.


C’est  certainement pour ces réalités connues de tous que, sans doute pour faire chic, le Garde des Sceaux Tchadien a cru opportun de psalmodier – et certainement à la seule attention des journalistes -  que cette structure carcérale « n'est plus conforme à aucune norme, qu'elle soit sécuritaire, sanitaire ou architecturale ».

Voilà donc une bonne nouvelle qui devrait en principe constituer un petit  baume au cœur pour tous les défenseurs des droits de l’Homme au Tchad qui avaient fini par donner leur langue au chat, après avoir hurlé, puis pleuré pendant plus de dix ans sur les horrifiantes conditions des prisons Tchadiennes tenant plus du goulag  que de structures pénitentiaires dignes de ce nom.

S’il serait surréaliste d’oser croire que  le régime DEBY se serait subitement senti pousser des ailes d’ange au dos, il semble que ce sont les récents événements survenus à la prison de Bongor le 26 novembre dernier qui auraient plus vraisemblablement amené ce régime particulièrement autiste à jouer les Saints Bernard par rapport à une situation qui n’a jamais constitué une priorité.

En effet, le 26 novembre dernier, des geôliers de la prison de Bongor  -  ville située dans la région du Mayo-Kebbi Est, à quelques 200 kilomètres au sud de la capitale - ont purement et simplement  ouvert le feu sur plusieurs dizaines de détenus en furie à la suite d’une hallucinante exécution sommaire publique : Tout est parti du mouvement d’humeur de deux des prisonniers de cette prison particulièrement insalubre qui n’avaient commis pour seul et unique crime que de  réclamer  de la nourriture et de l'eau potable. Pour seule réponse, ils  ont été sèchement abattus d’une balle chacun dans la tête. Cet acte barbare avait révolté tous les autres détenus qui se sont mutinés sur le champ. En réaction, les matons ont tiré dans le tas. Bilan : deux morts et plus d’une demi douzaine de blessés graves.

Si finalement le régime MPS a décidé de toiletter quelque peu ses prisons, c’est bien parce que celles – ci figurent en bonne place sur le hit parade des lieux de détentions les plus insalubres d’Afrique. Et celle de N’djamena, exactement comme l’ensemble des établissements pénitenciers du Tchad, est sinistre,  délabrée, sale et surpeuplée. Là dedans sont entassés en vrac  assassins professionnels,  braqueurs de métier,  petits délinquants et mineurs. Sans oublier cette incroyable promiscuité avec des détenus atteints de tuberculose et ceux du vih-sida, avec en prime des détenues de sexe féminin dormant  côte à côte avec  tout ce méchant monde.

Ainsi donc, serait-il  possible qu’un effort particulier soit entrepris dans les jours à venir en direction des prisons Tchadiennes qui ne sont rien d’autres que de pathétiques mouroirs où l’on sort systématiquement malade ou dans un état toujours désespéré ?

Une grosse question, en tout cas,  demeure pour l’instant sans réponse dans tous les milieux – surtout ceux de l’opposition civile : Dans cette prétendue option de réhabilitation des structures carcérales, quel  sera le sort de la  prison de Koro Toro de terrible réputation ? Celle là qui est considérée à juste titre comme  la prison privée du Sultan président où croupissent – hors de tout cadre légal – détenus politiques, ennemis personnels du régime, irréductibles activistes de la rébellion, et tous ces autres Tchadiens qui y ont été expédiés avec un billet aller simple sans avoir commis le moindre délit.

Bagne_Koro-Toro_Tchad.jpgCar Koro Toro est une prison pas comme les autres. On ne s’évade pas de Koro Toro, on ne sort pas de Koro Toro nanti d’un bulletin de levée d’écrou, on y est détenu jusqu’à ce que mort s’en suive. Et si on y meurt, on est sommairement et subrepticement enterré, sans que qui ce soit de la famille du dé cujus ne soit informé.

Koro Toro, c’est la destination finale pour la destruction physique. C’est la solution finale  au Tchad. Tous les caciques du régime le savent. Toutes les populations tremblent à la seule évocation de ce nom qui ne renvoie qu’à une seule image : celle de l’horreur absolue.

Dans la région de Koro Toro – du nom d’une oasis où les nomades s’abreuvaient au milieu du désert de Borkou -  le climat est  tour à tour celui de l’enfer et du pôle nord : il y fait 55°C et plus à l’ombre entre Mars et juin, et jusqu’à -5°C de Novembre à Février. Quant au terrible bagne lui même, il est construit au milieu de nulle part, quelque part au centre d’un immense désert de sable. Délimité par quatre murs  en béton de près de dix mètres de hauteur à l’intérieur desquels sont érigées des cellules individuelles et collectives. C’est  un lieu inexpugnable et impénétrable. Gardé en permanence par des commandos spéciaux de la garde présidentielle armés jusqu’aux gencives. Personne ne peut dire combien de malheureux exactement y sont enfermés. Les pensionnaires de ce bagne proviennent de tous les coins du Tchad. Enchainés et entassés comme du bétail dans de gros porteurs bâchés de l’armée, les prisonniers y sont systématiquement débarqués au milieu de la nuit. Afin qu’ils n’aient aucune idée de l’endroit où ils se trouvent. Dès qu’ils s’y trouvent, ils comprennent définitivement qu’ils sont au milieu de nulle part, pas loin de leur propre fin.

Dans la région de Koro Toro, il n’y a que le bagne et le régiment qui le surveille. Tout autour, c’est le désert à perte de vue. Aucune âme qui vive à plus de 100 kms à la ronde. Et le plus terrible – selon les indiscrétions de l’un des geôliers de cette antichambre de l’enfer – est que, aucun des responsables de ce lieu infernal ne sait rien de l’identité des personnes gardées. De même personne au Tchad ne sait rien du nombre exact -  ou même seulement approximatif -  des gens qui sont  déportés depuis près de douze ans dans ce lieu implanté hors du temps, hors de la loi, hors de la normalité.

A peine nourris, et bénéficiant encore moins de soins médicaux valables,   les prisonniers de Koro Toro meurent régulièrement en silence et dans l’indifférence glacée de leurs gardiens. Selon d’autres indiscrétions, les détenus morts de maladies ou des suites de sévices  sont alors enterrés dans l’enceinte même de la prison. C’est ce qui explique que certaines personnes disparaissent sans laisser aucune trace. Bon nombre de celles-ci ont été arrêtées une nuit, ont été conduites à Koro Toro, y ont rendu l’âme, puis ont été enterrées sans autre forme de procès. Rideau !

La grande majorité des prisonniers de Koro Toro est en réalité constituée de détenus politiques ou d’opinion, car aucun d’eux n’a jamais comparu devant un juge, aucun détenu de Koro Toro n’a  été condamné par une juridiction Tchadienne. Une sorte de Guantanamo couleur tropicale.

En fait,  Tous et chacun d’eux  ont été arrêtés sur ordre personnel de Deby, de l’un de ses sbires ou d’un de ses très fils, neveux ou allié : militaires jugé dangereux ou incontrôlable, supposés sympathisants des rebelles,  soudanais faits prisonniers par le MJE, opposants de Timane Deby,  ex combattants du FUC ou de l’UFR, ou de simples citoyens lambda dénoncés par un opportuniste, un suppôt du régime ou un rival.

Voilà la réalité, la sinistre réalité, l’indicible réalité du bagne  de Koro Toro. Le ministre de la justice a-t-il prévu le bagne de Koro Toro dans son plan de réhabilitation des prisons du Tchad ? Rien n’est moins sûr. En attendant, toutes les questions demeurent ouvertes sur cette prison absolument spéciale. Les réponses aussi.

 

Par D.D | Ndjamena-matin

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