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27.jpgL'exposition présentée aujourd'hui, vendredi 3 février 2012 ne peut se résumer à un simple alignement de photographies, aussi marquantes soit-elles. Non, cette exposition se veut plus que cela, elle se veut « éveilleuse de conscience », de part son caractère inédit et sa volonté pédagogique. Jusqu'alors, aucune exposition photographique n'a eu comme thème ni la vie du Professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh ni les atteintes aux Droits de l'Homme au Tchad. Les photographies que vous allez pouvoir contempler dans le Hall de l'Université d'Orléans tentent donc de réparer cet oubli.

47.jpgCette exposition-témoignage se divise en trois grandes étapes. Premièrement, la vie du Professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh, dont la figure titulaire plane sur cette journée de commémoration. En quelques photographies  nous allons retracer la carrière de celui qui fut étudiant à la faculté d'Orléans, père de famille exemplaire, professeur émérite, Ministre de la République du Tchad, chef de file de l'opposition démocratique, et qui a été enlevé à notre affection il y a quatre longues années de cela.

50.jpgSi le Professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh fait figure de symbole dans la résistance à l'oppression au Tchad, nous ne saurions lui consacrer entièrement une exposition. Ce serait oublier les milliers d'hommes et de femmes qui se sont sacrifiés pour que règne la liberté au pays des Sao. A travers des  images parfois choquantes et des portraits d'autres hommes politiques assassinés par le régime d'Idriss Déby, nous leur rendrons hommages et leur feront savoir, où qu'ils soient, que leur combat ne sera jamais oublié.

26.jpgEnfin, il serait inconvenant d'achever ce parcours initiatique sans nous arrêter sur ces survivants qui luttent pour que justice soit rendue. Un vieil adage dit que le bourreau tue toujours deux fois : une première fois par la hache, et une seconde fois par l'oubli. Que ces quelques photographies soient dédiés à ceux qui entreprennent pour que ni Ibni Oumar Mahamat Saleh ni les autres disparus ne sombrent dans la lourde crinière de nos mémoires.

En souhaitant que cette visite vous soit instructive et vous permettre de comprendre à quel point le Tchad, notre beau pays, a besoin de changement,

1ère partie :

 

10.jpgEcce Homo. Voici l'Homme. Celui qui a sacrifié sa vie pour son pays, pour des idéaux aussi nobles que la démocratie et la justice sociale. Né en 1949 à Biltine (Tchad), il grandit dans l'est du pays avant de rejoindre Ndjamena pour ses études secondaire et la France pour ses études supérieurs précisément à l'Université d'Orléans, où il obtient son doctorat de mathématiques.

15.jpgTracer le parcours d’un homme politique n’est pas toujours facile. Et surtout lorsque qu’il s’agit de M. IBNI OUMAR MAHAMAT SALEH parce que les engagements de cet homme ne se sont pas limités à la seule sphère politique. Tout au long de sa carrière, cette illustre figure de la politique tchadienne à fait montre d’une exemplarité et d’une rectitude morale inégalable dans un pays devenu, au fil des années, un repère où foisonne toute sorte de comportements anti patriotique et rétrograde.

Il y a d’abord le citoyen IBNI OUMAR MAHAMAT SALEH. C’était le jeune Tchadien dynamique et travailleur qui, en dépit du contexte singulier du Tchad des années soixante dix, a réussi à surmonter les unes après les autres, toutes les difficultés qui jalonnaient le parcours d’un étudiant africain en France et décrocher un doctorat en mathématiques. L’admiration qu’il a suscitée auprès de certains de ses encadreurs de l’époque, à l’université d’Orléans, s’est muée avec le temps en une amitié forte et sincère. Leur mobilisation et celle de la société internationale des Mathématiques après sa disparition traduisent la sincérité de l’attachement que ces chercheurs éprouvent à son égard.

Le citoyen IBNI OUMAR MAHAMAT SALEH était aussi le jeune diplômé qui a refusé de céder à la tentation de la vie en Occident et les avantages divers qu’elle lui offrait pour regagner son pays et travailler au milieu de ses concitoyens. D’abord enseignant de mathématiques à la faculté des sciences exactes et appliqué à l’université de N’Djaména, M. IBNI OUMAR MAHAMAT SALEH occupera plusieurs postes de responsabilité notamment la tête des ministères de l’élevage, l’enseignement supérieur et celui du plan et de la coopération.

 

37.jpgIl y a ensuite le politique IBNI OUMAR MAHAMAT SALEH. C’est celui qui a été à l’origine de la création du parti PLD avec un groupe d’intellectuels tchadiens issus de toutes les régions et toutes les couches sociales du pays. Démocrate convaincu, il a su rapidement fédérée autour de son projet un grand nombre des acteurs politiques et obtenir l’adhésion de la majeure partie de la population. L’ouverture d’esprit dont il a toujours fait preuve montre qu’il ne souffre d’aucune contestation puisqu’il a même collaboré un temps avec le régime de Deby, avant que ce dernier ne montre son vrai visage au Tchadiens et au monde. La radicalité qu’il affiche depuis lors au système MPS s’explique à l’aune de la certitude qu’il avait acquis pendant la courte période de cette collaboration avec le potentat déguisé : le régime de Deby abhorre la démocratie.

 

« Cet homme qui a toujours œuvrer pour un Tchad meilleur et ce ne sont pas ces collaborateurs qui en douteront, Entre l’enseignement en tant que bénévole à l’université de N’djamena, ses activités politiques et son travail en matière de santé et d’environnement dans l’ONG suisse dont il est le coordinateur depuis 1995, il n’a eu de cesse de faire de grandes choses pour son pays.

 

                                 2ème partie :

 

 

46.jpg« Celui qui tue un Homme tue l'humanité toute entière » affirme le Coran, dans toute sa sagesse. Et pourtant, au Tchad, dans ce pays de sables tournoyants et de fleuves majestueux, un petit nombre se complait dans des atrocités sans noms, faisant fi de toute morale. Le Président Idriss Déby Itno et ses sbires, pour conserver le pouvoir, n'ont pas hésité à ôter la vie à tous ceux qui osaient contester le caractère absolu de leur pouvoir. Et ils furent nombreux, aussi indénombrables que les cailloux d'un désert aride. Outre Ibni Oumar Mahamat Saleh, il y eût Bichara Digui, Joseph Behidi, Bisso Mamadou, Bailaou Mianbé et ces milliers d'héroïques anonymes, morts dans les caves, torturés, martyrisés, exécutés sommairement par un régime qui n'avait d'honorable que le nom.

 

44.jpgFace à la propagande qui tend à humaniser le Président Déby, cette exposition a vocation à replacer la vérité à sa juste place. Ces photographies montrent donc les corps suppliciés des victimes de la répression au Tchad. Images volontairement crues, insoutenables, pour que tout à chacun soit en mesure de saisir la véritable nature du régime d'Idriss Déby, aux affaires depuis plus de deux décennies. Par ailleurs, cette partie de l'exposition se veut un vibrant hommage aux hommes politiques disparus de manière violente à partir de 1990 et dont vous pourrez admirer les portraits sur les panneaux qui suivent.

 

3ème partie :

 

16.jpgLa fin de l'exposition est proche. Et son achèvement promet de se révéler particulièrement émouvant. Car, après avoir mis en lumière les victimes de la dictature au Tchad, nous allons maintenant nous intéresser à la lutte de leurs proches pour leur réhabilitation. Par le truchement de manifestations, de conférences, de concerts, de défilés à N'Djaména ou à l'étranger, ces derniers ont réclamé sans relâche la fin de l'impunité et une reconnaissance de leur calvaire. Il y a bien sûr le cas d'Ibni Oumar Mahamat Saleh qui, chaque année, à l'occasion de la commémoration de sa disparition le 3 février 2008, mobilise des foules considérables : proches, hommes politiques, membres de la communauté scientifique... Aucun de ceux qui l'ont connu ne manque à l'appel et un jour, peut-être, grâce à la pression des organisations des Droits de l'Homme et de simples anonymes, toute la lumière sera faite sur ce drame affreux.

 

35.jpgMais les proches des autres martyrs ne sont pas en reste. Vous pouvez notamment admirer cette photographie des mères des victimes de la tyrannie, ces « folles de Mai » tchadiennes, drapées de dignité, portant l'image de leur fils comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête de leurs assassins. Ces quelques photos pourront peut-être vous inspirer et vous inciter à plus d'engagement en faveur de ceux qui, à plusieurs milliers de kilomètres de distance, dans un vaste pays d'Afrique Centrale oublié par les Dieux, ont donné leur vie pour une plus haute idée de l'humanité. 

 

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Mohamed Saleh IBNI OUMAR

Tag(s) : #DROIT DE L'HOMME

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