N’DJAMENA - Les opérations de vote se déroulaient dans le calme dimanche à N’Djamena pour les premières élections municipales de l’histoire du Tchad, alors qu’un opposant dénonçait des fraudes avant la fermeture des bureaux.

Près d’un million d’électeurs étaient appelés aux urnes pour désigner les maires et équipes dirigeantes de 42 communes, lors d’un scrutin qui s’est déroulé dans le calme.

En fin de journée, Saleh Kebzabo, figure de l’opposition, a cependant dénoncé des "tentatives de fraude par la carte", accusant le parti au pouvoir (Mouvement patriotique du salut, MPS) de recourir au vote multiple.

"Il y a eu de tentatives de fraude par la carte un peu partout, surtout à N’Djamena", a déclaré à l’AFP l’opposant.

Selon lui "la frontière n’était pas fermée avant 12h30 alors qu’elle devait l’être. Entre temps des camerounais sont venus nombreux pour passer voter. Nous avons du faire pression pour que la frontière soit fermée" a-t-il ajouté.

Le président Idriss Déby Itno a dit sa "satisfaction de voir les premières élections locales se dérouler dans notre pays". Il a demandé à "tous les citoyens de sortir massivement aujourd’hui pour choisir les gestionnaires de leurs villes", appelant "la classe politique à garder la sérénité".

"C’est extrêmement important. Notre pays n’a pas besoin de remous post-électoraux ou pendant les élections", a-t-il souligné, souhaitant que tout se déroule "dans le calme" et "la plus grande transparence".

Les maires des communes étaient jusqu’à présent désignés par le pouvoir central. Sous la houlette du président Déby (au pouvoir depuis 1990), le Tchad s’est lancé depuis 1995 dans une politique de décentralisation. En août 2007, un accord politique entre pouvoir et opposition prévoyait la démocratisation du régime, avec l’organisation d’élections présidentielle, législatives et locales.

La principale coalition de l’opposition, la Coordination des partis politiques pour la défense de la constitution (CPDC), qui regroupe 16 partis, présente des listes uniques dans 32 des 42 circonscriptions.

"Nous nous sommes regroupés car il y a un réel enjeu. Pouvoir contrôler les villes est une étape essentielle avant 2016 (année des prochaines présidentielle et législatives", a déclaré vendredi Saleh Kebzabo, estimant que "L’opposition a des chances de l’emporter".

"Je suis très contente de venir voter. Cette élection prouve que la démocratie avance au Tchad", s’est félicitée Terah Abderamane, une ménagère de 41 ans, première votante du bureau N°1 du quartier Moursal.

"Avant, les maires étaient nommés par décret présidentiel, maintenant on nous donne la chance de choisir nous-mêmes nos maires et conseillers, c’est une bonne chose", a-t-elle déclaré.

"C’est avec joie que je choisis aujourd’hui les conseillers et maires puisque c’est une première. Je suis fonctionnaire depuis 1965, mais je n’ai jamais eu cette chance", s’est réjoui pour sa part Ngarnoudjina Dangar, agronome de 74 ans à la retraite dans le quartier de Sabangali.

"Pour l’instant nous voyons que c’est un climat apaisé", a constaté Dagbara Touré, de l’ONG Synergies africaines, qui fait partie de la trentaine d’observateurs internationaux accrédités.

L’opposition avait boycotté la présidentielle d’avril 2011, qui avait vu la réélection du président Idriss Déby Itno avec près de 84% des votes. Deux mois plus tôt, le parti présidentiel avait raflé 113 des 188 sièges à l’Assemblée nationale lors de législatives contestées.

Arrivé au pouvoir après avoir renversé le dictateur Hissène Habré en 1990, le président Déby a été réélu en avril pour un quatrième mandat.

Source : AFP

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