Au Tchad, le pouvoir et l’opposition n’accordent pas leurs violons sur l’usage de la biométrie aux prochaines élections. Le kit biométrique complet, au centre de la controverse entre les deux camps, se pose pourtant en outil incontournable pour opérer un changement fondamental du jeu et de l’action politiques, avec ou sans Idriss Déby Itno. Car il s’impose comme l’imparable moyen de sortir, tout à la fois, et le pouvoir-MPS de sa duperie habituelle, et l’opposition de ses incohérences, et la société civile ainsi que les masses populaires de leur apathie !

Mais de quoi a donc peur la « majorité » présidentielle pour refuser la biométrie complète aux prochaines échéances électorales ?! Après avoir accepté le principe d’un recensement électoral biométrique, le Mouvement Patriotique du Salut (MPS) et ses partisans se rebiffent. Et refusent un kit biométrique complet préférant un kit incomplet. Celui d’un recensement biométrique mais sans l’outil de vérification et d’authentification des électeurs enregistrés, au moment du vote. En l’absence d’un tel outil devant servir à invalider automatiquement les votes multiples ou faux et éviter les contrôles allongés dans le temps, les futures échéances ne peuvent donner tous les gages de transparence. Les joutes véritablement démocratiques annoncées, que l’on attend toujours, ne pourraient alors avoir lieu. Une fois de plus, le Tchad ne pourrait faire l’économie de contestations post-électorales. Ceci, dans un contexte sociopolitique plus explosif que jamais, où le ras-le-bol général de la gouvernance catastrophique d’Idriss Déby Itno, ne promet pas l’attitude défaitiste adoptée par le peuple tchadien lors des précédentes élections.

Curieux que le MPS et ses alliés, qui se targuent sans cesse d’avoir la majorité du peuple acquise à leur cause, refusent de jouer le jeu de la transparence si tant est que leur représentativité nationale est indéniable ! En réalité, conscient de leur impopularité masquée par des élections truquées par le passé, ils craignent de perdre sans illusions des scrutins parfaitement transparents. Les arguments qu’ils avancent ne tiennent pas la route. Le coût élevé de la biométrie complète et le problème d’électricité, évoqués pour expliquer la complexité de sa mise en œuvre, traduisent beaucoup plus la duplicité du pouvoir que l’impossibilité de la chose.

L’interrogation du porte-parole du Collectif de l’Opposition pour le Changement (Coloc), Brice Mbaïmou, au micro de Radio France Internationale (RFI), remet d’ailleurs clairement en cause l’argument financier et souligne bien la mauvaise foi du pouvoir-MPS : « À quoi sert de dépenser tant de milliards pour organiser un recensement biométrique et, au finish, abandonner l’élément central qui constitue son terminus, sinon sa validité ? »

Tout le gâchis fait des finances publiques et des ressources du pays explique difficilement le manque de moyens que claironne le pouvoir. La chute du prix du pétrole, évoquée ces derniers mois pour expliquer la fuite en avant face aux cruciaux problèmes vécus par les Tchadiens, ne tient pas non plus la route. Les pontes du pouvoir et les parents du président continuent pourtant d’afficher un train de vie insolent, ostentatoirement insultant. Des chantiers destinés à détourner les rentes nationales sont par ailleurs lancés sans arrêt. D’où viennent les ressources pour ce faire ? Le développement du pays explique ces investissements dans les infrastructures priorisées aux autres besoins, dit-on. Mais la paix, condition sine qua none du développement, n’a pas non plus de prix. Des élections apaisées, parce que transparentes, y concourent indubitablement. De ce point de vue, le kit biométrique complet, quel que soit son coût, ne saurait être banal pour qu’on n’y accorde pas du prix et la plus haute attention.

Quant au manque d’énergie qui rendrait impossible l’usage du kit biométrique complet, la réponse de l’opposant Mahamat Ahmat Lazina, toujours sur RFI, est suffisante pour balayer cet argument fallacieux : « Le kit n’a rien à voir avec l’énergie. Il peut travailler de 24 heures à 48 heures ou 72 heures. Le travail principal du kit, c’est seulement de vérifier que vous êtes le détenteur de la carte d’électeur. Il ne faut pas qu’ils nous parlent de problèmes d’électricité et d’énergie. Si on n’arrive pas à travailler avec les kits, cela veut dire qu’on ne peut même pas travailler avec les téléphones. » N’est-ce pas limpide comme argument contre le problème d’énergie qui ne persiste d’ailleurs qu’à cause de l’incurie et du manque de volonté du pouvoir à le résoudre une fois pour toute ?!

Mauvaise foi, crainte de défaite, volonté de tripatouillages

A l’évidence, le MPS, conscient de sa réelle impopularité et de l’unanimité qu’il fait désormais contre son propre camp, se sait défait d’avance dans un scrutin véritablement transparent. La victoire au Nigeria voisin de l’opposant Mohamadou Buhari, dans un scrutin présidentiel à biométrie complète, renforce les craintes de défaite du pouvoir. L’opposition tchadienne n’a d’ailleurs pas manqué de souligner le bon rôle de la biométrie dans l’exemplarité des présidentielles nigérianes, invitant au passage la CENI tchadienne à s’en inspirer pour des scrutins apaisés et transparents en 2016. Que nenni, le pouvoir-MPS ne l’entend pas ainsi ! Aussi recourt-il à son jeu habituel fait de duperie, de supercherie, de surenchère, d’intimidations et de menace pour imposer sa volonté.

Il a pourtant à gagner, pour le Tchad, de sortir de ce jeu qu’il joue à sa perte. Ceci d’autant plus que malgré lui, l’enjeu, du kit biométrique complet, va au-delà de la simple victoire électorale à laquelle aspirent les différents états-majors politiques.

L’aspiration au changement des Tchadiens est plus forte que jamais aujourd’hui. Si forte qu’ils ne sont plus dupes et surtout pas prêts à accepter qu’elle soit étouffée dans des urnes détournées. Aspiration au changement, non seulement politique ou pas forcément du visage de la personne qui tient les rênes du pouvoir, mais aussi changement des conditions de vie et des pratiques de pouvoir injustes qui leur sont imposées. Le pouvoir d’Idriss Déby Itno incarne cet ordre de criardes injustices subies par la majorité qui ne saurait accepter sa continuité sur la base d’un nouveau hold-up électoral. Aussi, en affichant leurs intentions d’empêcher la transparence pour triompher, le MPS et ses partisans tendent à l’opposition, à la société civile et aux masses populaires le bâton pour se faire battre. Ils s’y méprennent mais le kit biométrique complet, pour peu qu’on le prenne autrement, se découvre, symboliquement, comme un outil soit pour révolutionner la manière de gouverner le pays, soit pour favoriser l’alternance au pouvoir, par les urnes ou par la révolte.

Forte aspiration au changement

Pour une fois, il donne l’opportunité à l’opposition démocratique de sortir de ses incohérences et faire son union sacrée tant attendue. Il relègue au second plan les querelles intestines et les ambitions individuelles de ses chefs qui n’ont jamais réussi à s’entendre autour d’un candidat unique pour maximiser leur chance de battre Idriss Déby Itno malgré la machine de fraude lors des élections passées. L’idéal serait l’unicité de candidature de l’opposition aux présidentielles. Mais dans un scrutin transparent, si la gouvernance du pouvoir reste telle, en effet, même une multiplicité de candidatures d’opposants n’empêchera pas la défaite d’Idriss Déby Itno qui fait l’unanimité contre sa personne aujourd’hui. Car n’importe quel candidat de l’opposition raflerait la mise contre lui au second tour, au cas où il y aura plus d’un candidat de l’opposition au premier tour. Les autres devant obligatoirement, dans l’intérêt du changement, appeler à voter massivement pour leur collègue pour réaliser enfin l’alternance appelée de tous les vœux. Un appel pour le moins formel et dont les Tchadiens, abhorrant dans leur immense majorité le pouvoir-MPS, n’ont d’ailleurs pas besoin pour le sanctionner à l’unanimité.

Le kit biométrique complet relègue aussi au second plan les appels de certains partis à Idriss Déby Itno à ne pas briguer un énième mandat et devrait décupler leur énergie pour exiger l’outil qui annihilerait ses chances d’y parvenir. Si la levée du verrou du nombre de mandats suscite des révoltes ailleurs, au Tchad, Idriss Déby Itno l’a fait sauter depuis 2005, ôtant un tel motif de contestation aujourd’hui à ses adversaires dont la seule parade, il y a quelques mois, était de le mettre en garde contre un énième mandat de trop, contraire au principe de l’alternance en démocratie. Un nouveau mandat qui ne profitera, à l’image des précédents, qu’à ses proches et prolongera les souffrances de la majorité des Tchadiens. À défaut de contester juridiquement sa énième candidature, son refus de la biométrie complète offre une légitime raison de l’obliger à des élections transparentes qui conduiraient à sa perte sinon de lancer une révolte ouverte contre lui.

Aubaine inespérée pour l’opposition

Pour en arriver là, l’opposition doit être intransigeante sur la nécessité du kit biométrique complet et en faire la revendication centrale de ses actions, mobilisant toutes les forces vives pour ce faire. La transparence étant une exigence du jeu démocratique, dont se réclame d’ailleurs de façon folklorique le MPS, elle doit désormais sortir de ses incohérences, de ses querelles intestines et surtout de son défaitisme devant la machine répressive du pouvoir pour obtenir l’usage absolu du kit biométrique complet. Lequel rend légitime toute initiative de l’opposition pour mobiliser les masses à descendre dans la rue pour contester le refus d’élections crédibles. Souvent confinée dans une position inconfortable, elle n’a rien fait pour user de sa force mobilisatrice des masses lors des mouvements sociaux récents. La crainte d’être accusée d’incitation à la violence l’a placée dans un attentisme pour le moins déplorable que le citoyen lambda, prompt aux amalgames sans analyse, comprend difficilement. Au lieu d’être au devant de la contestation active des problèmes sociaux – qui ne sont pas moins politiques- que vit l’immense majorité des citoyens, elle s’est jusque-là contenté de la dénonciation à minima par voie de communiqués ou points de presse sans effet aucun sur la sourde caravane du pouvoir qui fait son chemin depuis bientôt 25 ans . La rue est l’un des canaux d’expression démocratique et de contre pouvoir et l’opposition doit désormais revendiquer sinon arracher son droit à manifester pour faire entendre raison à ceux qui ne connaissent que la logique de la force. La constitution lui reconnaît pourtant ce droit ! Les élèves et étudiants l’ont compris, qui, de façon spontanée, n’hésitent pas à descendre dans la rue pour exprimer leur mécontentement, ce droit étant aussi le leur. Leurs manifestations, au cours des derniers mois, le démontrent à suffisance. A force de ne pas capitaliser les sourdes et légitimes rancœurs des populations par des actions de dénonciation et de contestation qu’elle est en droit de mener, l’opposition ruine inexorablement sa crédibilité auprès de l’opinion publique nationale qui n’hésite d’ailleurs pas à la traiter de complice du pouvoir. Le kit biométrique complet lui offre ainsi l’opportunité de se refaire une virginité et de redorer son blason auprès des masses populaires.

C’est déjà une bonne chose qu’elle parle d’une même voix sur le sujet. En témoigne sa récente sortie autour de son chef de file, Saleh Kebzabo, pour dénoncer la mauvaise foi du pouvoir. Elle doit cependant sortir définitivement de sa torpeur, vraie ou supposée, et aller plus loin que les communiqués et points de presse. Dans ce sens, elle aura beaucoup à gagner à inciter les populations, désabusées par les hold-up électoraux passés, à se faire recenser massivement sur les listes biométriques pour en capitaliser les fruits le moment venu. Et à jouer à fond sur l’exigence du kit biométrique complet, faisant battre, au besoin, le pavé sans craindre la confrontation.

Les leaders de l’opposition et leurs lieutenants ont, dans ce sens, à montrer enfin cette facette du politique à aller, quand cela s’impose, au devant de l’adversité pour la justesse de la cause défendue et de l’action qui en découle. Sans craindre les pires rétributions qui sont, hélas, dans les républiques bananières ou démocraties tropicalisées africaines, l’arrestation ou la case prison que nombre d’hommes politiques, tel Alpha Condé en Guinée-Conakry, pour ne citer que ce cas contemporain, ont connues avant d’accéder au pouvoir. Encore que l’air du temps n’encourage pas trop les monarques à pousser trop loin le bouchon répressif. Idriss Déby Itno, qui en sait bien plus avec le boulet de l’affaire Ibn Oumar Mahamat Saleh qui lui reste comme une épine au pied, ne s’y hasardera surtout pas. À moins qu’il ne veuille allumer la mèche qui embrasera définitivement son pouvoir.

Bien que ragaillardi par ses campagnes malienne, nord-nigériane et nord-camerounaise contre le terrorisme, ainsi que ses loyaux services à la chère France amie, atteindre le seuil de l’inadmissible par une quelconque répression sur la classe politique ou sur les populations civiles, sonnera son lâchage forcé, par la communauté internationale obligée par l’opinion publique et du coup, son arrêt de mort. Il le sait très bien et en est parfaitement conscient que sa hantise est de se retrouver devant un large mouvement civil de désobéissance et de contestation qu’il ne saurait mater par la force. Une telle équation lui sera d’autant plus pénible et difficile à résoudre qu’il ne connaît, jusque-là, que le langage de la force. Il n’y a, pour s’en convaincre, qu’à voir son empressement ces derniers temps à éteindre tout mouvement d’humeur par les espèces sonnantes et trébuchantes. Comme à faire payer la « dia », cet ancestral et barbare prix du sang indigne d’une république moderne, récemment à Kyabé, pour apaiser les rancœurs des habitants de cette contrée.

En tout état de cause, l’opposition doit saisir l’exigence de la biométrie complète pour sortir définitivement de son hibernation et se faire véritablement la locomotive du changement et de l’alternance. L’alternance pour laquelle une de ses figures de proue appelle, dans un opuscule au titre évocateur, le peuple tchadien à se mettre « débout », passe aussi par sa capacité à montrer les muscles. Elle n’a d’autant plus le choix que le ras-le-bol généralisé des populations les poussera inexorablement à la rue si d’aventure le MPS venait à s’imposer dans la continuité de sa politique impopulaire de façon irrégulière, en usant notamment de tripatouillages que le kit de contrôle aurait pu empêcher.

Légitimation de la révolte populaire : vers un printemps tchadien ?

À jouer à ce mauvais jeu dont il donne le signal par sa volte-face sur la biométrie complète, le MPS pousse, en effet, les Tchadiens, épris de changement, d’alternance et de justice, à une révolte. Il faut le souligner, le refus du kit biométrique complet est de nature à légitimer la sourde révolte des Tchadiens déjà nourrie par les criardes injustices et la rudesse des conditions de vie qui leur sont imposées. La révolte, c’est justement la hantise du pouvoir depuis la révolution Burkinabé dont l’effet contagion est craint par nombre de potentats sur le continent noir. Le pouvoir, ses partisans, et voix autorisées ont beau marteler que le Tchad n’est ni le Burkina Faso, ni la Libye, ce chantage n’impressionne guère plus l’écrasante majorité qui n’a plus rien à perdre. Comme le député Ngarléji Yorongar, la plupart des Tchadiens se considèrent désormais comme des « cabris morts » n’ayant plus « peur du couteau » ! Autant pour eux mourir dans l’action salutaire pour le pays et les leurs que de se laisser mourir à petit feu des injustices subies dans la résignation déshonorante pour l’histoire de leur passage sur terre.

Les épreuves endurées forment la conscience politique des peuples et bien suicidaires sont les régents qui ne le comprennent pas. En 25 ans de pouvoir MPS, les Tchadiens, du moins ceux de l’écrasante majorité oubliée et opprimée, en ont vu des vertes et des pas mûres pour ne plus se laisser faire. Les signaux d’alarme sont évidents et les injustices ont atteint si bien leurs limites qu’ils ne sont plus disposés à jouer aux grands enfants apeurés. Les manifestations spontanées, de novembre 2014 à ce début d’année 2015, à Sarh, Moundou, N’Djaména, Abéché, Doba, Kyabé et ailleurs, contre la cherté de la vie, la pénurie artificielle de carburant, le controversé port obligatoire de casques, sans oublier la tension liée à la discriminatoire et avortée loi pastorale, sont là pour montrer la fin des impatiences "bridées" à en découdre avec un système qui asphyxie tout le monde sauf ses partisans. Lesquelles manifestations sont à considérer comme des petites séances d’entrainement à la révolte populaire généralisée qui sourde et contre laquelle toute l’armada militaire d’un pouvoir prompt à la répression ne pourra rien quand elle explosera. La situation est si intenable que des forces insoupçonnées, même sans leadership affiché, sans canalisation des forces politiques régulières, se lèveront du peuple pour porter un printemps tchadien. Et d’imposer par la suite aux uns et aux autres courants politiques la conduite à tenir.

La société civile, quant à elle, porte-voix, de fait, des sensibilités sociales contre les criardes injustices subies, ne saurait se faire muette devant une manœuvre tendant à maintenir cet ordre d’injustices qu’elle est censée justement combattre. Tout comme l’opposition politique, elle devrait aussi sortir de la torpeur nourrie par le chantage d’amalgame du pouvoir pour soutenir les actions en faveur de la transparence des futures élections. Les luttes sociales ou sociétales sont aussi, sinon éminemment, politiques. Aussi ne saurait-elle se soustraire aux actions ouvertement assumées pour l’avènement d’une gouvernance responsable et juste de la société tchadienne. 

Signes avant-coureurs

Le MPS et ses partisans pousseront-ils alors jusqu’au bout leur logique de sorte à mettre ainsi le peuple vent debout pour une alternance violente ? Une option qui ne manquerait pas, pour qui connaît l’histoire mouvementée de ce pays, de réveiller certains réflexes et certains foyers de tensions dormants. Ce, d’autant plus que certaines sources font état de tractations pour réunir les résidus d’irréductibles rebelles de l’est et reconstituer des forces pour repartir à l’assaut de la citadelle que certains observateurs disent plus que jamais chancelante ou en déclin, contrairement aux apparences renforcées par la propagande et les interventions hors des frontières nationales. Ceci, sous l’œil indifférent de Khartoum qui, selon ces sources, se serait fait son idée de la situation. Convaincu d’une future contagion burkinabé chez son voisin occidental, il ne voudrait pas, en effet, y perdre définitivement pied et ne rechignerait pas à garder quelques fers au feu. De quoi alimenter les craintes d’une situation à la libyenne même si nombre d’observateurs pensent que les forces anti-terroristes occidentales, aujourd’hui pré-positionnées dans le pays pour ratisser tout le Sahel, ne laisseront pas faire et prendront la partie de la révolte civile conduite ou non par l’opposition démocratique intérieure.

Gouverner autrement, moyen de survie du MPS à la biométrie 

Pousser plus loin la logique du refus de la biométrie complète serait alors une attitude suicidaire de la « majorité » présidentielle. Or, la biométrie complète, contrairement à ses craintes, n’est pas ipso facto synonyme de sa défaite aux prochaines échéances. Pour peu qu’elle change son fusil d’épaule et révolutionne sa gouvernance, la majorité présidentielle pourrait capitaliser à son avantage des scrutins à biométrie complète.

Faire amende honorable par un repenti sincère auprès du peuple, replacer la gouvernance sur les socles de la justice, de l’égalité, du mérite, de la transparence et d’une lutte effective contre la corruption et le détournement des deniers publics notamment par la parentèle du président et de son épouse ; sonner avec fermeté et, réellement, la fin de la recréation, plutôt de la « kermesse du désordre » et de l’impunité maintes fois clamées sans effets ; prendre à bras le corps les épineux problèmes sociaux de l’écrasante majorité exclue de la redistribution des revenus du pays. Voilà le chantier, concomitant à la biométrie complète, qui, mis en œuvre sans tarder, la réconcilierait avec le peuple et lui permettrait de tirer son épingle du jeu électoral à biométrie complète. Certes le temps n’est plus assez long d’ici à 2016, mais il n’est pas tard pour bien faire et éviter au pays une logique suicidaire, quelques soient les vainqueurs.

Rejeter catégoriquement le kit biométrique complet n’est gagnant, ni pour le pouvoir, ni pour le Tchad. Soit, la majorité l’adopte et se réconcilie avec le peuple pour en tirer profit ou perdre honorablement pour rester dans le jeu politique national ; soit, elle le rejette et ouvre la voie à une révolte civile qui, même si elle opère un changement bénéfique pour le Tchad éternel, ne sera pas sans douleur. L’exigence du changement est plus que jamais forte. Et si le MPS ne veut pas changer, le risque est grand qu’il soit changé, forcément ! Blaise Compaoré est parti du Burkina avec son article 37. Idriss Déby Itno doit se faire sage sinon il risquerait de partir avec son « kit incomplet » qui ne lui garantirait pas des lendemains tranquilles ! Alors que le kit biométrique complet, même s’il cause sa défaite aux prochaines élections, lui garantirait une retraite dorée et paisible dans son Amdjaress natal.

Le kit biométrique complet apparaît ainsi comme la clé de tous les possibles, pour le changement. Que le MPS l’accepte et révolutionne sa gouvernance pour rester dans le jeu politique ou pas, il oblige le pouvoir à troquer la supercherie contre la transparence, l’opposition à sortir de sa torpeur et de ses incohérences qui plombent son unité d’action, la société civile et les masses populaires à sortir de leur apathie pour être les forces actives du changement. Il revêt, par conséquent, une dimension plus grande que le simple gain électoral : son enjeu ultime est de redéfinir le jeu et l’action politiques, dans l’intérêt compris de l’ensemble des Tchadiens. Il rend le changement, on le voit, plus que jamais impérieux ! Ne pas le voir ainsi c’est courir le risque d’un saut dans l’inconnu dont personne ne peut prédire l’issue. Personne ne pourra, surtout pas, affirmer, après coup, n’en être pas prévenu !

par Maxwell N. Loalngar

Source:http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/tchad-controverse-electorale-le-167713

 

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